Définition

La dysphasie est un trouble structurel, primaire et durable de l'apprentissage et du développement du langage oral.

Cette pathologie, trop peu connue, est assez fréquente, puisque l'on considère qu'elle touche sous une forme ou une autre 2% de la population soit plus d'un million de personnes en France.
 

Sommaire
 

Qui est touché par la dysphasie?

Elle atteint des enfants :

  • sans histoire médicale particulière,
  • ni déficit sensoriel même si l'enfant présente d'apparentes difficultés,
  • ni déficit intellectuel. L'enfant dysphasique peut ne pas trouver ses mots d'une manière dramatique, mais être parfaitement capable de résoudre une opération ou de résoudre des problèmes. Il est normalement intelligent mais présente un déficit circonscrit au domaine langagier,
  • ni trouble du comportement même si les enfants dysphasiques peuvent paraître agités peu attentifs, instables, agressifs…preuve d'un réel mal-être relationnel à une situation d'échec qui s'installe.
  • ni trouble de la relation. Les enfants dysphasiques cherchent le plus souvent à communiquer par tous les moyens à leur disposition, à l'inverse des enfants autistes par exemple.

Les garçons sont beaucoup plus touchés que les filles.

La dysphasie peut être plus ou moins sévère et se présenter sous des formes diverses : paroles indistinctes, troubles de la syntaxe, expressions par mots isolés, discours plus ou moins construit, manque du mot, compréhension partielle du langage oral…

Le langage de la personne dysphasique présente non pas des retards mais des caractères déviants et instables dans le temps.

Sommaire
 

Les difficultés observées dans les dysphasies

Elles portent sur des aspects complexes :

  • soit de la réception c’est-à-dire de la compréhension du langage,
  • soit de la programmation des sons de la langue puis de leur production,
  • soit sur la disponibilité des mots ou encore sur leur agencement syntaxique au sein de la phrase.

Ces domaines du langage peuvent être déficitaires ou préservés indépendamment les uns des autres. C'est pourquoi les enfants doivent faire l'objet d'un diagnostic précis permettant de poser les indications thérapeutiques.

Le langage écrit est souvent d'acquisition problématique. De fait, les troubles ont un retentissement constant sur les apprentissages scolaires classiques, puisque le langage est l'outil privilégié de la transmission du savoir à l'école.

Ces enfants parlent mal, parlent tard, ont durablement, des difficultés d'expression orale.

Dans d'autres domaines pourtant, ils se développent bien, même si fréquemment les difficultés langagières s'accompagnent d'un retard psychomoteur ou/et graphique.

Ils organisent un langage qui peut suffire dans la vie quotidienne mais gardent le plus souvent des difficultés de langage.

Le langage est fait de morceaux, d'approximations, de segments traités sans souplesse comme des agglomérats, des blocs figés.

Sommaire
 

Origines du trouble :

L'origine de ce trouble est actuellement à l'état d'hypothèses génétiques ou d’anomalies structurelles cérébrales, non décelables. Il est indispensable de poursuivre une recherche médicale qui est à peine amorcée.

Sommaire
 

Les autres "DYS"

Le préfixe "DYS" désigne les difficultés de mise en place et de fonctionnement :

  • "Dysphasie" s'applique au langage.
  • "Dyslexie" s'applique à la lecture.
  • "Dysgraphie" s'applique à l'écriture et au dessin.
  • "Dyspraxie" s'applique au geste, etc…
  • "Dyscalculie" s'applique au calcul etc…
Sommaire
 

Les différentes classifications de la dysphasie

La dysphasie existe !

  • La classification de l'OMS - CIM 10
    "Troubles spécifiques du développement du langage et de la parole"
  • La classification du DSM IV
    "Déficiences du langage et de la parole"
  • La classification Misès
    "Troubles des fonctions instrumentales"
  • La réforme du guide barème (décret du 4.11.93)
    "Les déficiences du langage et de la parole"
  • Nomenclature des déficiences - BO-EN A 1260 N°8 du 23.02.89
    "Déficience de l'apprentissage du langage écrit ou parlé"
Sommaire
 

Les différents types de dysphasie

Mise en garde : Ces classifications ne permettent pas de poser un diagnostic. "Cette procédure sémiologique est guidée par la volonté de traiter des déficits structurés" (Docteur Christophe Loic GERARD, 1993), "l'enfant dysphasique" edition de Boeck Université, Bruxelles.

1/ La dysphasie de type phonologique-syntaxique :

  • une hypospontanéité.
  • un trouble phonologique. Mots inintelligibles. Ces troubles se différencient de ceux des "retards simples" de la parole. En effet, ces derniers sont plutôt caractérisés par des simplifications, alors que les déformations faites par les enfants dysphasiques tendent vers des complexifications (leurs énoncés se complexifient).
  • parfois une dissociation automatico-volontaire. Lorsque, par exemple, la formulation d'un son est incorrecte en situation dirigée, mais est correcte en spontanée.
  • des troubles praxiques oro-faciaux. Ils sont caractérisés par des difficultés à produire des sons verbaux, mais aussi à produire des gestes et leurs enchaînements.
  • un trouble de l'encodage syntaxique. Il réside dans la difficulté à associer des mots alors qu'ils ont une bonne conscience de la syntaxe. Ces enfants sont très souvent "agrammatiques" (style télégraphique).
  • un vocabulaire restreint mais accessible. Il est lié à la sous-utilisation du langage et à leur difficulté conceptuelle.
  • une compréhension peu perturbée. Elle ne doit pas être négligée. En effet, ces enfants ont pris l'habitude de comprendre beaucoup par le contexte. Leur niveau de compréhension est lié à la restriction de leur vocabulaire, un problème de mémoire verbale immédiate, des difficultés conceptuelles.
  • une bonne "pragmatique" du langage. Le langage est informatif. Ce qu'ils disent à minima n'est pas déviant. Ils pallient par la mimique gestuelle ou faciale.

EVOLUTION :

Ils restent inintelligibles jusqu'à l'âge d'au moins 7/8 ans. Les difficultés massives sur le plan scolaire restent longtemps perturbés. L'apprentissage du langage écrit peut aider à la production du langage oral. Leur expression écrite reste limitée. A l'âge adulte, l'articulation est marquée, la syntaxe est simple, les difficultés orthographiques persistent. Il ne faudra pas perdre de vue leurs difficultés à comprendre le langage élaboré (les publicités, les jeux de mots, les titres de journaux, les notions abstraites). L'utilisation du traitement de texte peut être intéressant.

Sommaire

2/ La dysphasie de type production phonologique :

Les difficultés sont essentiellement expressives.

  • Pas de réduction. Après stimulation, ce sont des enfants qui parlent normalement.
  • Défaut d'intelligibilité.
  • Troubles praxiques oro-faciaux. Ils sont variables. les difficultés se situent au niveau de l'enchaînement des gestes.
  • Troubles de l'encodage syntaxique. Les productions sont de type dyssyntaxique.
  • Manque du mot. Il se manifeste par des conduites d'approche ou des "évitements" de situation de communication verbale.
  • Bonne compréhension verbale.
  • Le langage est informatif.
  • Trouble de la concaténation. Ce sont des difficultés au niveau des enchaînements des tâches séquentielles.
  • Troubles associés. ils peuvent rencontrer des difficultés graphiques et des troubles visuo-constructifs.

EVOLUTION :

Ces enfants ont une grande conscience de leur trouble. La communication orale et écrite s'améliore sur le plan verbal (la phonologie est meilleure, mais la difficulté à trouver leur mot persiste ; ils ont moins de difficultés dans les notions abstraites) et sur le plan écrit, on note une dysorthographie plus ou moins importante.

Sommaire

3/ La dysphasie réceptive :

Les difficultés se situent principalement au niveau du décodage.

  • Trouble phonologique. Petits, ils sont inintelligibles. Ils ont du mal à différencier certains sons : ils n'ont pas d'image auditive claire et précise.
  • Trouble de l'expression syntaxique. Leur langage devient dyssyntaxique en situation dirigée.
  • Manque du mot. Ces enfants ont du mal à trouver leur mot aussi bien en situation dirigée qu'en spontanée.
  • Trouble important de la compréhension.
  • Leur langage est peu informatif. Leur discours est incohérent et redondant.

EVOLUTION :

Au fil des années, ils vont utiliser des compensations. Le déficit au niveau du vocabulaire persiste. Ces sujets sont rivés au concret. Le langage écrit reste longtemps non-fonctionnel.

Sommaire

4/ La dysphasie lexicale-syntaxique (ou mnésique) :

  • Pas d'hypospontanéité.
  • Pas de trouble phonologique.
  • Pas de troubles oro-faciaux.
  • Manque du mot. Ces enfants sont en permanence à la recherche de leurs mots et de la structure de leurs phrases.
  • Trouble de l'expression. Informativité et syntaxe sont perturbés.
  • Trouble de la compréhension. Il est dépendant de la longueur des énoncés.

EVOLUTION :

Ces enfants apprennent à lire mais restent gênés par leur problème de mémorisation et par leurs difficultés à trouver leurs mots.

Sommaire

5/ La dysphasie sémantique-pragmatique :

C'est en situation dirigée que l'on relève :

  • Un choix de vocabulaire adéquat.
  • Un trouble de compréhension.
  • Un trouble de l'informativité.

EVOLUTION :

Le discours restera marqué par l'utilisation de formes plaquées.

Sommaire